Cette rencontre fut probablement l’une des plus chargée en conséquences de mon existence. Je la revis souvent, m’éclipsant du centre de contrôle pour aller la voir. La première fois que je me rendis chez elle, je trouvais son logement clos. Une rapide directive à mon ordinateur me permit de savoir qu’elle enseignait dans l’école embarquée du vaisseau. Arrivé là-bas, je l’observais un long moment dans sa passion. Epanouie, heureuse et dynamique, elle essayait de faire passer un message scientifique subtil et s’évertuait à trouver la bonne méthode. Lorsque vint la fin du cours, nous nous retrouvâmes et, sans dire un mot ( au contraire de notre rencontre ), nous allâmes chez elle. Me faisant visiter son logement, certes plus modeste que le mien, mais ô combien mieux décoré et meublé avec goût, nous avons discuté de nous. Ainsi a commencé ma seule et unique flamme pour une femme.
Pendant ce temps là, la vie à bord s’était organisée avec une précision d’horlogerie. Chacun avait trouvé sa place. Par exemple, nous étions synchronisés avec l’heure internationale sur Terre. Ainsi, les lumières baissaient entre 22h et 6h pour simuler dans le vaisseau la nuit terrestre. Les parois transparentes étaient alors teintées par une simple impulsion électrique et une deuxième impulsion laissait à nouveau passer les rayons non-nocifs du Soleil lorsque le matin ( artificiel ) venait. Comme sur Terre, la plupart des passagers mangeaient le matin un repas copieux entre 6h et 7h et travaillaient ensuite. Le midi, des repas légers étaient livrés à tous ceux n’ayant pas le temps ou l’argent d’aller manger dans l’un des divers restaurants installés aux niveaux commerciaux. Puis l’après midi était généralement le moment préféré pour la détente, ou les activités dans les salles de nature reconstituées. Ces salles étaient d’ailleurs l’une des plus belles réussites du migrator à mon gout. On y trouvait de véritables végétaux entretenus par les systèmes miniaturisés qui serviront plus tard sur Exoterra et ces coins de verdures permettaient de retrouver provisoirement une serénité, une sensation d’être encore sur Terre. Puis le soir venait et les passagers soupaient puis avaient le choix entre diverses activités de soirée. Enfin venait le moment de dormir et ainsi s’enchainait la vie à bord.
Parallèlement à la vie ordinaire, similaire en tout point à celle que les passagers avait sur Terre, nous, les officiers du commandement, avions en charge les plus hautes responsabilités. Rien n’était facile et nous savions que ce voyage était aussi un moyen de tester une partie du matériel qui serait utilisé sur Exoterra, comme notamment les génératrices d’atmosphère. Elles alimentent d’ailleurs tout le vaisseau, transformant l’air ambiant en air respirable. Nous avions également à bord un objet que nous transportions le plus grand secret. Pour que la planète existe et puisse être construite, il avait fallu réunir les plus grands chercheurs de la planète, investir des sommes colossales afin de résoudre l’une des théories parmi les plus complexes. Le Graviton, particule inconnue quelques décennies plus tôt, mise en évidence par une équipe de génies de la physique, puis mise sous contrôle par des As, a permis aux grands entrepreneurs d’Exoterra de concrétiser un rêve: celui de recréer artificiellement le coeur d’une planète. Ainsi, l’une des particules les plus furtives de l’univers avait été contrôlée, et une quantité importante avait pû être "stockée" dans un noyau spécialement conçu. Le coeur d’Exoterra avait donc été embarqué à notre bord, et nous avions en charge de le protéger dans un premier temps, puis de le tester selon des procédures longues et compliquées, de sorte que ces tests soient discrets.
Une fois nous avons dû nous rendre dans la salle où il était stocké. Lorsque je le vis, je me rendis compte de la puissance des recherches qui l’avaient entourées. Il était d’un diamètre d’une dizaine de mètres, constitué d’une surface parfaitement lisse dans laquelle nos images se reflétaient. Connecté à des super-calculateurs via des câbles optiques, il régnait dans cette salle une ambiance tendue, et presque surnaturelle. Nous étions embarrassés. Nous savions parfaitement quoi faire et avions les outils adaptés mais cet objet si insolite au milieu de la salle nous imposait un respect certain. Lorsque les travaux furent terminés et que nous sortions juste de la salle, nous sommes retournés silencieux jusqu’au centre de commande, l’esprit perdu dans des considérations sur le futur et sur Exoterra. Le soir, je retrouvais ma douce compagne et ce ne fut qu’à ce moment que je me détendis vraiment.
Le voyage dura précisemment 4 mois, 5 jours, 20 heures et quelques minutes. Nous arrivâmes donc à la position où devait naitre Exoterra. Les cinq “migrator” se réunirent et se relièrent les uns aux autres via des satellites comme on pouvait en trouver à l’époque des aéroport du XXème siècle. Les vaisseaux cargos amenant les premières matières premières depuis Mars arrivèrent quelques jours plus tard et la procédure de mise en place du Coeur Gravitationnel démarra.
