dimanche 2 mai 2010

Création et Mutation, chapitre 10

     Encore une journée banale, je m’entraine sur un petit transporteur nouvelle-génération, dont les ailes s’enroulent autour du vaisseau par le haut .Le poste de commande est spacieux, en forme de globe écrasé, ce qui lui donne un air sympathique .C’est important pour ce type de vaisseau de faire bonne impression à ceux qui vont l’emprunter, ça les met en confiance, et le vol se déroule généralement mieux après .Aujourd’hui, je suis seul à bord .Pas de passagers, pas d’instructeur, et je connais le programme par coeur .Il s’agit de tester la machine en conditions normales d’utilisation, sans trop forcer .Elle devrait servir dans quelques années à acheminer du matériel et du personnel depuis la Terre jusqu’à sa future soeur jumelle, et par la suite à faire des aller-retours régulier .Cet type de transport, dit de classe 3, c’est à dire voyageant à la troisième vitesse réglementaire, se déplace dans un quasi-vide à 445232 km/h de telle sorte que lorsque la Terre se situera aux environs de ses positions extrèmes sur l’orbite solaire, il faudra précisemment 28 jours pour atteindre l’exoplanète .
     Pour l’instant, contentons-nous d’un vol simple .Je m’élève doucement au dessus du sol et me dégage de l’aire de stationnement .Lorsqu’on est à ce niveau, on peut admirer la longue chaîne d’appareils identiques tous justes sortis d’usine, et soigneusement alignés au pied de la tour de controle, longeant les “taxiways” menant aux pistes d’envol .Suivant les instructions du controleur, je m’engage donc sur ces voies annexes et m’arrête au seuil de la première piste .J’essaye, selon le rituel consacré, tous les éléments de sécurité liés à la propulsion de ma machine .
-Pompes à Hydrogène enclenchées,
-Batteries et centrale embarquée fonctionnant normalement,
-Etanchéité de l’habitacle vérifiée,
-Plan de vol validé .
     Tout est bon, j’appelle la tour qui m’autorise aussitôt le décollage .Je m’avance, m’alligne sur la piste, fais un bref arrêt pour controler une dernière fois tous les paramètres essentiels, et pousse progressivement les manettes de puissance à leur maximum .L’accélération me plaque doucement dans mon siège, et je n’ai qu’à tirer légérement sur la commande ( qui ressemble à un joystick de jeux vidéos ) pour que ma machine prenne la direction du ciel .Le controleur m’avait prévu des nuages hauts, appelés stratus, à partir de 6000 mètres d’altitude .Je les traverse en même temps que mon indicateur d’inclinaison atteint les 90° .Parfaitement vertical, je dépasse ce que nous appelons la première vitesse cosmique, puis la seconde .Si je continue à cette vitesse, je pourrai me libérer totalement de l’attraction terrestre d’ici 5 minutes .Mon localisateur spatial m’annonce chaque grand orbite que j’intercepte, puis que je suis libéré de la Terre .Voilà, je peux naviguer tranquillement jusqu’à atteindre ma vitesse de croisière et aller visiter un peu l’espace avoisinant la Terre .Je m’amuse à faire un tour de la Lune et je stoppe la propulsion face à la Terre .Tout simplement magnifique .On distingue vaguement les cotes et les continents .Je me rappelle avoir lu quelque part que notre planète est recouverte à plus de 80% par de l’eau, d’où sa couleur bleue vue de l’espace .C’est tout de même un peu exagéré : aujourd’hui, il doit y avoir pas mal de nuages, car la surface est caché par de longues taches blanches, s’enroulant sur elles-mêmes en anticyclones ou dépressions .Mon chronomètre me tire de ma rêverie et je me prépare à rentrer .
     Cette fois, l’approche est plus compliquée et malgré tous les automatismes que mes successeurs pourront utiliser, il faut néanmoins savoir rentrer manuellement dans l’atmosphère .Pour une approche optimale, un vaisseau doit aborder l’atmosphère sous un angle d’environ 40°, puis redresser à 3° pour perdre de la vitesse en douceur .Cependant, avec l’avénement de la propulsion à hydrogène pour les vaisseaux opérant dans l’espace, On peut également envisager de conserver les 40° tout en inversant la puissance .Tout dépend du bouclier thermique installé .Pour l’expliquer rapidement, il faut des angles précis afin d’éviter à la fois de ricocher sur les hautes couches, tout comme un caillou sur l’eau, mais également d’éviter de perforer ces couches trop rapidement et d’échauffer l’appareil .Ainsi, en freinant pendant l’entrée, on évite des températures pouvant aller jusqu’à plus de 1000°C ! Pour ma part, aimant la difficulté, je simule une panne de propulsion et j’en profite pour tester la résistance du bouclier thermique .J’arrive à 26000km/h dans les hautes couches, redresse et ralenti progressivement jusqu’à 1000km/h en arrivant dans les basses couches .Le temps de mon vol, les status se sont déplacés plus au Sud, et le ciel est tout à fait dégagé, du bleu intense d’un après-midi d’été .Je contacte la tour pour l’atterrissage, et m’aligne sur la même piste que j’avais utilisé pour le décollage .Arrivée en douceur, puis translation à un mètre du sol jusqu’à l’aire de stationnement .Arrêt de la propulsion verticale, puis extinction de tous les systèmes .Je note :”vol parfait, RAS” et je signe .J’ai fini ma journée .
     J’ouvre la porte, je sors et marche jusqu’au hall principal de la base .Je pense à tous ces gens qui emprunteront bientôt ce type d’appareil pour se rendre sur la future ExoTerra .Il faut absolument que je participe à la construction, même si je ne fais que transporter du matériel ou des ouvriers .Je sens en moi-même un besoin de grandeur, j’ai envie de faire quelque chose de remarquable, dont on parlera longtemps après ma mort ...Je crois que je vais tenter de passer outre ma hierarchie directe .Oui, j’ai une idée, et ma situation de fils du président du C.G.E. va peut-être m’être utile encore une fois .
 
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