jeudi 7 janvier 2010

Création et Mutation, chapitre 6

     J’étudiais un livre particulièrement imposant lorsqu’un vigile vint me voir, l’air inquiet .La “guerre” comme on l’appelle entre nous est surement la cause de son désarroi .Cette guerre n’est pas une guerre ordinaire .Cela fait maintenant plusieurs centaines d’années que les peuples se sont tous unis contre la seule menace sérieuse encore capable de nous décimer .Les météores qui tombent régulièrement sont en effet le plus grand péril nous menaçant .Ils ont déjà ravagé la moitié de la surface du globe, qui ressemble plus à un désert rouge qu’à la nature fertile et fleurissante que nous connaissions .Quelques météorites tombent tous les jours, mais l’atmosphère les ralentissant considérablement, elles ne font que très peu de dégâts .En revanche, les gigantesques masses rocheuses qui entrent, tous les 49 jours 21heures et 52 minutes d’après les spécialistes, nous font frémir de peur .Lorsque l’un d’entre eux approche de la planète, une longue alarme retentit dans le Centre, et tout le monde retient sa respiration pendant les longues minutes d’attente avant les secousses .
     Cette fois, ça a l’air vraiment sérieux .Le vigile me demande avec insistance de laisser le livre et de le suivre .Apparamment, il veut que nous nous rendions à l’un des abris sécurisés .Lorsque nous y arrivons, nous rejoignons quelques camarades, et je peux lire dans leur yeux que l’heure est vraiment grave .Lorsque je demande des informations, des nouvelles de l’extérieur, on me regarde de travers, sans me répondre, avec cette lueur de reproche qui me met si mal à l’aise .La lourde porte de l’abri se referme .L’alarme s’est mise en discontinue, signe que l’impact est imminent .Soudain, le sol tremble .D’abord doucement, comme un simple tremblement de terre, mais au fur et à mesure, les vibrations s’intensifient, et finalement, nous ressentons un choc formidable dont l’onde nous secoue fortement .Certains tombent, d’autres s’accrochent à ce qu’il peuvent attraper, et moi, qui suis assis par expérience, je médite .
     Ces attaques ont commencé il y a 10 ans environ .On ne sait pas pourquoi, mais les astronomes pensent que deux planètes ont dû entrer en collision et que cela a projeté des débris à travers tout le système solaire .Depuis, la Direction du Centre n’a trouvé d’alternative que de déserter la surface pour s’enterrer dans ce bunker géant, dont on conte l’immensité à travers le mythe du couloir circulaire .Je n’ai jamais connu la surface, lorsque je suis venu au monde, le Centre affichait une profondeur de 140 mètres sous la terre .Aujourd’hui, les installations les plus superficielles ont été déménagées à 266 mètres, et on parle de les rapprocher davantage vers le bas, où se situe la plus grande partie du complexe .De même pour la population : au fur et à mesure que nous enfonçons pour nous protéger des impacts meurtriers, les pertes deviennent de plus en plus cruelles .La population avant de descendre était de plusieurs dizaines de millions d’individus, et après la première année de pluie de météores, nous n’étions plus que légèrement supérieur à un million .Le Centre fut d’ailleurs créé pour nous protéger, tâche dont il s’acquitta très bien tant que les météores étaient encore relativement petit .Désormais, nous ne cessons de nous enterrer de plus en plus profond, ce qui nécessite toujours plus de technologies couteuses pour survivre .Evidemment, les bureaux directoriaux, qui remplacent depuis longtemps les gouvernements, sont situés dans les zones les plus profondes, au milieu même du complexe .
     Enfin, l’alarme retentit en une longue plainte aigue, affirmant la fin de l’alerte, et le début du décompte des nouvelles pertes .La porte de l’abri se rouvre .Une fumée légère se dissipe par les trapes de ventilations .Il fait chaud, comme après chaque alerte .L’air est irréspirable en dehors de l’abri, mais cela s’arrange vite, laissant place à un air frais .Le vigile de tout à l’heure me rejoint et me dit que des responsables veulent me voir .Je déambule dans ces couloirs vides, ou je revoit les images d’intense activité qui régnait là il y a quelques heures seulement .Je remarque au passage la couleur grise des murs de cette partie du complexe .La poussière due aux secousses et aux failles dans les murs ternit l’habituelle couleur blanche de ce long couloir .
     Le directeur, que j’avais vu avec Ernst, se dirige de nouveau vers moi, mais avec cette fois un air triste .Pas de mains tendues .Le ton n’est plus chaleureux Il me dit simplement :
-Nous avons besoin de volontaires .
-Ha bon ...
-Nous voulons envoyer une équipe à la surface .
-Pardon ?
Je manque de m’étouffer .Ils n’ont plus envoyé de personnes à la surface depuis des années maintenant .Pourquoi ce changement si soudain ?
-Je sais ce que vous pensez, reprend le Directeur, et cela fait bien longtemps, n’est-ce pas ?Vous en parlez entre vous souvent, je le sais, et il y a beaucoup d’histoires qui circulent à ce sujet .
-Je suis volontaire, monsieur, mais expliquez moi vos raisons .Je ne comprend pas pourq...
-Très simple, me coupe t-il, nous avons besoin d’une estimation de l’état de la surface .Comme vous le savez sans doute, nous ne sommes plus qu’une poignée à survivre dans ce Centre .Votre ami Ernst a fait des recherches sur une possible disparition de notre espèce, et il a également prévu une solution dans le cas où il aurait raison .
-Bien, et que devons nous faire précisemment une fois que nous serons arrivés ?
-A nouveau, ce sera simple, donc rapide .Vous monterez par le véhicule de forage et de transport .Une fois en surface, vous installerez un camp de base scientifique. De là, vous prendrez des images panoramiques, avec différents filtres optiques .Vous ferez des mesures d’atmosphère, et devrez même sortir à l’aide d’un buggy afin de déterminer si toute la surface est dans le même état .Votre mission durera obligatoirement 40 jours, pas un de plus .
-Nous pourrions rester 8 jours de plus sans dangers, non ?
-Non .Et ceci constitue un secret confidentiel .La fréquence d’impact augmente .Nous entrons dans un stade où les plus gros fragments nous atteignent .Ha, autre chose : vous partez dans une heure, et je vous interdit de communiquer avec quiconque, pas même Ernst, je me suis fait comprendre ?
-Oui monsieur le directeur .Très bien .Je vais m’équiper, si vous me le permettez .
-Bonne chance, vous en aurez besoin .
     Je quittais la pièce .Que penser de tout ça ? La fin de notre espèce, l’augmentation des impacts ... Décidemment, la vie est un miracle qui ne tient qu’à un fil .Je chassais ces idées de ma tête, et allais me préparer pour l’expédition de ma vie .
 
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