dimanche 2 mai 2010

Création et Mutation, chapitre 11

Janvier 2063
     Quelques années se sont écoulées depuis mes derniers entrainements sur vaisseaux de transport de faible tonnage .J’ai réussi mon projet ambitieux : je suis désormais commandant de mon propre bâtiment de classe 1 .De plus, de par mon titre de fils du “Global President”, j’ai obtenu le droit d’être affecté sur le plus gros appareil du G.E.E. ( Grand Etat Européen ),  le “European Migrator” .Je le visite pour la première fois ce mercredi de la première semaine de la nouvelle année .Lorsque je le vois, je ne peux m’empêcher de penser aux premiers hommes ayant contemplé une baleine bleue, ils ont dû ressentir le même sentiment que moi en ce moment, le fait de se sentir tout petit à côté d’un véritable monstre ...Je ne connais pas ses dimensions exactes, elles sont tenues secrètes par les ingénieurs qui l’ont conçu .J’estime cependant sa hauteur à celle d’un gratte-ciel d’environ 140 étages . En longueur, il doit bien dépasser les 2 kilomètres .Un vrai mastodonte .
     Je monte à bord par l’une de ses multiples entrées .Un ascenseur nous amène directement vers les hauteurs .Nous entrons alors dans une vaste salle .Celle-ci est composée d’un balcon donnant sur le centre névralgique du vaisseau .Devant des dizaines d’écrans travaillent des officiers navigateurs, très concentrés dans la mise en route des premiers systèmes .Nous apercevant au balcon, un superviseur annonce : “Officiers sur le Pont” et d’un seul mouvement, tous ces travailleurs se lèvent et se mettent au garde-à-vous .Je les regarde un moment, puis, satisfait, je les relève de cette obligation par un “rompez” .Mon conseiller technique me montre alors l’écran que je peux abaisser devant moi et qui me permet de controler presque tout se qui se passe à bord .Depuis l’ouverture des soutes jusqu’aux caméras de surveillance des corridors, en passant par les mesures de propulsion, j’ai accès à tout par une simple pression de bouton .Je me balade virtuellement dans mon nouveau jouet .
     La structure est assez simple .Les premiers étages du bas sont les garages de vaisseaux de classes 3 et supérieures, permettant aux personnes embarquées de sortir vers une planète si on est en orbite, ou simplement de faire un tour dans l’espace .Les étages intermédiaires sont les appartements des passagers et du personnel commercial .Ils peuvent aller d’une simple chambre à un loft avec jardin ( bien que ce dernier soit très réduit ).Enfin, les derniers étages sont constitués des salles de vie commune, magasins, cinémas, piscines et autres installations permettant une vie agréable pendant les semaines de transport .En effet, ce type de bâtiment, dit de classe 1, est relativement lent et met près de 4 mois à rejoindre son objectif, c’est à dire la future soeur jumelle de la Terre .Le personnel technique et les officiers sont logés à l’arrière .La salle de commande est d’ailleurs partagée en deux parties, situées tout en haut et à l’arrière de l’appareil, offrant ainsi une vue imprenable sur toute la structure et facilitant donc l’approche lors des atterrissages ou des mises en orbite .Derrière nous se trouvent les gigantesques propulseurs à hydrogène .
     Après une petite semaine de visites à travers le European Migrator, je le connais presque par coeur .Je sais exactement où sont situés chacun des quartiers, des magasins et autres lieus importants du vaisseau .L’embarquement de matériel et des futurs ouvriers d’ExoTerra a commencé depuis quelques jours et déjà la vie s’organise à bord .J’ai reçu ce matin l’ordre de décoller et de me placer en orbite cette nuit .Nous rejoindrons notre homologue asiatique, dont le nom ne m’a surpris que par son manque d’originalité : “l’Asian Migrator” .Presque identique au mien, nous naviguerons toujours proche l’un de l’autre, de sorte qu’en cas d’avarie sur l’un, nous puissions évacuer vers l’autre .
     23h00, l’heure H. Tout est prêt pour le décollage .Les portes sont toutes fermées, les propulseurs en marche, et les officiers comme les officiels sont en effervescence .Je donne enfin l’ordre attendu et bientôt, mon monstre prend son envol, doucement et -presque- majestueusement .La montée s’accélère et nous franchissons toutes les couches atmosphériques jusqu’à atteindre notre orbite géostationnaire .Nous y resterons jusqu’à ce que tous les préparatifs de départ soient bouclés .

Création et Mutation, chapitre 10

     Encore une journée banale, je m’entraine sur un petit transporteur nouvelle-génération, dont les ailes s’enroulent autour du vaisseau par le haut .Le poste de commande est spacieux, en forme de globe écrasé, ce qui lui donne un air sympathique .C’est important pour ce type de vaisseau de faire bonne impression à ceux qui vont l’emprunter, ça les met en confiance, et le vol se déroule généralement mieux après .Aujourd’hui, je suis seul à bord .Pas de passagers, pas d’instructeur, et je connais le programme par coeur .Il s’agit de tester la machine en conditions normales d’utilisation, sans trop forcer .Elle devrait servir dans quelques années à acheminer du matériel et du personnel depuis la Terre jusqu’à sa future soeur jumelle, et par la suite à faire des aller-retours régulier .Cet type de transport, dit de classe 3, c’est à dire voyageant à la troisième vitesse réglementaire, se déplace dans un quasi-vide à 445232 km/h de telle sorte que lorsque la Terre se situera aux environs de ses positions extrèmes sur l’orbite solaire, il faudra précisemment 28 jours pour atteindre l’exoplanète .
     Pour l’instant, contentons-nous d’un vol simple .Je m’élève doucement au dessus du sol et me dégage de l’aire de stationnement .Lorsqu’on est à ce niveau, on peut admirer la longue chaîne d’appareils identiques tous justes sortis d’usine, et soigneusement alignés au pied de la tour de controle, longeant les “taxiways” menant aux pistes d’envol .Suivant les instructions du controleur, je m’engage donc sur ces voies annexes et m’arrête au seuil de la première piste .J’essaye, selon le rituel consacré, tous les éléments de sécurité liés à la propulsion de ma machine .
-Pompes à Hydrogène enclenchées,
-Batteries et centrale embarquée fonctionnant normalement,
-Etanchéité de l’habitacle vérifiée,
-Plan de vol validé .
     Tout est bon, j’appelle la tour qui m’autorise aussitôt le décollage .Je m’avance, m’alligne sur la piste, fais un bref arrêt pour controler une dernière fois tous les paramètres essentiels, et pousse progressivement les manettes de puissance à leur maximum .L’accélération me plaque doucement dans mon siège, et je n’ai qu’à tirer légérement sur la commande ( qui ressemble à un joystick de jeux vidéos ) pour que ma machine prenne la direction du ciel .Le controleur m’avait prévu des nuages hauts, appelés stratus, à partir de 6000 mètres d’altitude .Je les traverse en même temps que mon indicateur d’inclinaison atteint les 90° .Parfaitement vertical, je dépasse ce que nous appelons la première vitesse cosmique, puis la seconde .Si je continue à cette vitesse, je pourrai me libérer totalement de l’attraction terrestre d’ici 5 minutes .Mon localisateur spatial m’annonce chaque grand orbite que j’intercepte, puis que je suis libéré de la Terre .Voilà, je peux naviguer tranquillement jusqu’à atteindre ma vitesse de croisière et aller visiter un peu l’espace avoisinant la Terre .Je m’amuse à faire un tour de la Lune et je stoppe la propulsion face à la Terre .Tout simplement magnifique .On distingue vaguement les cotes et les continents .Je me rappelle avoir lu quelque part que notre planète est recouverte à plus de 80% par de l’eau, d’où sa couleur bleue vue de l’espace .C’est tout de même un peu exagéré : aujourd’hui, il doit y avoir pas mal de nuages, car la surface est caché par de longues taches blanches, s’enroulant sur elles-mêmes en anticyclones ou dépressions .Mon chronomètre me tire de ma rêverie et je me prépare à rentrer .
     Cette fois, l’approche est plus compliquée et malgré tous les automatismes que mes successeurs pourront utiliser, il faut néanmoins savoir rentrer manuellement dans l’atmosphère .Pour une approche optimale, un vaisseau doit aborder l’atmosphère sous un angle d’environ 40°, puis redresser à 3° pour perdre de la vitesse en douceur .Cependant, avec l’avénement de la propulsion à hydrogène pour les vaisseaux opérant dans l’espace, On peut également envisager de conserver les 40° tout en inversant la puissance .Tout dépend du bouclier thermique installé .Pour l’expliquer rapidement, il faut des angles précis afin d’éviter à la fois de ricocher sur les hautes couches, tout comme un caillou sur l’eau, mais également d’éviter de perforer ces couches trop rapidement et d’échauffer l’appareil .Ainsi, en freinant pendant l’entrée, on évite des températures pouvant aller jusqu’à plus de 1000°C ! Pour ma part, aimant la difficulté, je simule une panne de propulsion et j’en profite pour tester la résistance du bouclier thermique .J’arrive à 26000km/h dans les hautes couches, redresse et ralenti progressivement jusqu’à 1000km/h en arrivant dans les basses couches .Le temps de mon vol, les status se sont déplacés plus au Sud, et le ciel est tout à fait dégagé, du bleu intense d’un après-midi d’été .Je contacte la tour pour l’atterrissage, et m’aligne sur la même piste que j’avais utilisé pour le décollage .Arrivée en douceur, puis translation à un mètre du sol jusqu’à l’aire de stationnement .Arrêt de la propulsion verticale, puis extinction de tous les systèmes .Je note :”vol parfait, RAS” et je signe .J’ai fini ma journée .
     J’ouvre la porte, je sors et marche jusqu’au hall principal de la base .Je pense à tous ces gens qui emprunteront bientôt ce type d’appareil pour se rendre sur la future ExoTerra .Il faut absolument que je participe à la construction, même si je ne fais que transporter du matériel ou des ouvriers .Je sens en moi-même un besoin de grandeur, j’ai envie de faire quelque chose de remarquable, dont on parlera longtemps après ma mort ...Je crois que je vais tenter de passer outre ma hierarchie directe .Oui, j’ai une idée, et ma situation de fils du président du C.G.E. va peut-être m’être utile encore une fois .
 
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